Jordan Rudess

 

ETUDE COMPAREE KEVIN MOORE / DEREK SHERINIAN / JORDAN RUDESS
sur les CD du FANCLUB

 

                                    Versions live, démos, morceaux inédits, reprises, improvisations, les CD exclusifs sont une mine de surprises. Il suffit donc de creuser un peu parmi les arrangements de claviers de Kevin Moore, Derek Sherinian et Jordan Rudess pour en extraire des perles et des bijoux : solos – mais pas seulement – mélodies et parties d’accompagnement. Et puisque trois musiciens sont concernés, la variété des styles n’en sera que plus appréciable. Passons en revue deux exemples pour chacun d’entre eux, dans l’ordre de parution des albums.

 

CD FANCLUB  002

The Making Of Falling Into Infinity

track 06. "Peruvian Skies Rhodes Overdubs"

 

 

C’est sur un piano électrique Fender Rhodes que Derek Sherinian joue l’accompagnement du second couplet. Les premiers artistes à avoir utilisé le Fender Rhodes pour l’enregistrement d’un morceau sont Herbie Hancock pour Miles Davis ("Stuff", 1968) et Billy Preston pour les Beatles ("Get Back", 1969). On ressent ici tout cet héritage : accords mineurs 7 joués sans la fondamentale (mesure 5), note blues (le petit si bémol des mesures 8 et 10).

La tonalité est le mi mineur, le tempo est lent, et les accents de basse - batterie sont confortablement posés sur les temps forts, ce qui laisse le champ libre au clavier. En jouant des notes disjointes (éloignées sur le clavier, comme c’est le cas dans les mesures 3 et 4) Sherinian profite un maximum des résonances et de l’effet vibrato du Rhodes. A noter : si le début de cette prise a été retenu sur Falling Into Infinity, ce n’est pas le cas de la fin (dommage, c’était moins cliché).

 

 

DTIFC 003

Once In A Livetime Outtakes

track 05. " The Silent Man"

 

 

Cette version de "The Silent Man" enregistrée à Rotterdam le 22 juin 1998 est bien différente de celle d’Awake. D’emblée plus rapide, elle commence par la batterie et les accords du refrain, puis se voit agrémentée de parties de piano qui finissent en chorus alterné Petrucci – Sherinian. Comme il est courant en blues de traverser les grilles d’accords sur une seule gamme, Derek joue le deuxième solo de piano (dans une tonalité de sol) sur la gamme mineure relative : mi mineur blues (mi, sol, la, si b, si, ré). C’est plutôt rapide, car il a choisi une pulsation de base à la double-croche, avec toute une mesure de sextolets.

 

 

DTIFC 004

Cleaning Out The Closet

track 01. "Don’t Look Past Me"

 

Tandis que paraît ce CD, Kevin Moore et Derek Sherinian ne font plus partie de Dream Theater. Si Cleaning Out The Closet porte bien son nom, il ne reste plus maintenant de morceaux studio de la période pré - SFAM qui n’aient été diffusés.

Si j’ai choisi "Don’t Look Past Me", c’est qu’on approche avec ces quelques mesures le style typique de Kevin Moore période When Dream And Day Unite et Images And Words. Cette mélodie est construite sur une succession d’accords majeurs et la main droite ne joue que des croches sans aucune fioriture (ni syncope, ni vibrato, ni bend). A comparer donc à "Surrounded" (1 :50 - pour l’utilisation d’accords uniquement majeurs) et "Pull Me Under" (2 :38 - pour la régularité de la pulsation de base). D’ailleurs les sons proviennent du même synthétiseur : le Korg DW 8000, aussi prisé par Shadow Gallery.

 

Korg DW 8000


 

DTIFC 005

Scenes From A World Tour

05. "Keyboard Solo"

 

Voici les premières notes du solo de Jordan Rudess tel qu’il le jouait durant la fin de la tournée Metropolis 2000. La première partie se greffe sur l’outro de "Home", la seconde – au piano – reprend le ragtime de "The Dance Of Eternity" associé à un thème de Mozart et la troisième partie est un fabuleux chorus sur séquences que je rêverais de voir inclus dans un album studio. Le solo présent sur ce Scenes From A World Tour a été enregistré en France, à Colombes le 4 octobre 2000.

 

Le son utilisé résulte de la superposition de l’Electric Sitar 2 de la banque de son Spectrasonics et de tabla. Le rythme ici n’est pas significatif, car ce passage est rubato (à tempo non figé, laissant une part importante à la sensibilité de l’interprète) ce qui met en valeur les nombreux accents et tensions induits par la gamme de ré phrygien majeur (à savoir les notes de sol mineur harmonique en partant de ré: ré, mi b, fa #, sol, la, si b, do). Rudess déroule cette gamme en allant vers l’aigu par groupements répétés de quatre notes (1) ou six notes (2) conjointes, tout en restant dans un ambitus assez petit (ce qui veut dire que l’intervalle entre la note la plus grave et la plus aiguë est restreint).

 

 

DTIFC 007

Taste The Memories

track 06. "To Live Forever"


Cette mélodie se trouve juste avant le second couplet. Vous apprécierez la subtilité de Kevin Moore, avec le crescendo introductif, les attaques de notes par le bas et le vibrato toujours très mesuré. Ce genre de contre-chant est aussi présent dans "A Change Of Seasons" (piste 10 à 2 :55 et 12 :57) dans deux sections qui seront arrangées différemment par Derek Sherinian et Jordan Rudess .

A comparer avec la version du DTIFC 003 où Derek est moins à l’aise.

 

 

DTIFC 009

A Sort Of Homecoming

track 06. "Beyond This Life Improv Jam"

 

Les morceaux de ce CD ont été enregistrés en Amérique du Nord en mars et avril 2004  (quelques jours avant le Budokan). C’est donc avec le même son qu’à Tokyo que Jordan Rudess va se lancer dans plus de 4 minutes d’impro dans la partie instrumentale de "Beyond This Life". Le principe est le suivant : se livrer, après le shred aigu de Petrucci, à une tournerie plutôt cool fondée sur un dialogue clavier – batterie. Soyons jazz, soyons out et ne parlons ni de notes hors gammes ni d’accidents … Jordan rend visite une par une à toutes les touches de son Kurzweil !

Voici la transcription du début de l’impro. La pulsation donnée par Mike Portnoy est la noire, et celle utilisée par Jordan Rudess est la double croche. Le rythme est donc bien régulier, ce qui permet d’installer le climat. L’impression de sautillement repose sur les chromatismes (lorsque deux notes qui se suivent sont séparées d’un demi-ton) et les anapestes (figure rythmique composée de deux notes brèves et d’une note longue). Par la suite, la main gauche fera des interventions de plus en plus jazzy, et les duettistes sortiront du schéma rythmique en s’imposant une belle flopée de triolets … si bien que l’impro virera ternaire avec sa magnifique partie de main gauche en walking bass vers 6:03.

Si ce n’est déjà fait, jetez également une oreille sur "Caught In A Web" ainsi que sur les deux impros "The Oakdale Odyssey" et "The Spirit Of St Louis" où Rudess excelle dans la création d’ambiance et les relances rythmiques.

 



Feeding the Wiz
par Fabien Labonde

Afin de rendre plus concrète cette analyse de style, j'ai tenté de réunir en un seul morceau les tics d'écriture de Jordan les plus flagrants. Reproduire ses sons et son toucher ne m'étant pas permis (je n'ai ni ses synthés, ni ses mains) je me suis concentré sur la composition et les ambiances. Vous trouverez donc en téléchargement sur le site de Your Majesty "Feeding The Wiz", un pastiche de cinq minutes à la manière de Jordan.
Quelques détails :
- le solo de piano vient d'un fichier midi nommé "Progfest" anciennement disponible sur le site de Jordan, que j'ai détourné et reprogrammé.
- tendez l'oreille, un sample est issu de l'intro de "Home".
- une bonne partie des breaks de batterie est issue des morceaux du Rudess Morgenstein Project.
- le solo de guitare a été composé et enregistré par Aldric de Montfort officiant dans Aching Beauty (http://www.aching-beauty.com).
- la conclusion reprend des passages complets de l'intro.

A télécharger ici : Feeding The Wiz

 


 

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